[i563]                                                DE LA VILLE DE PARIS.                                                    195
CCCI. — Commission de monseigneur le Lieutenant du Roy, Montmorancy,
POUR ALLER SECOURIR CEULX DE MEAULX.
i4 février i563. (Fol. 169 v°.)
"Françoys de Montmorency, chevalier de l'Ordre du Roy, mareschal de France, cappitaine des cent lances des ordonnances dud. Seigneur, Gouverneur pour Sa Majeslé à Paris et Isle de France, aux Pre­vost des Marchans et Eschevins de la ville de Paris, salut. Nous pour donner ordre et obvier à la surprinse de la ville de Meaulx que veullent et s'efforcent faire plusieurs ennemis dud. Seigneur et rebelles à Sa Majeslé, qui de faict et de force onl surpris et se sont saisyz du Marché dud. lieu, et tué partye des gardes y establies par Sad. Majesté(1), dont nous avons estez advertiz par plusieurs habitans de lad. ville qui ont estez envoyez par les gouverneurs et esche­vins d'icelle, affin d'y pourveoir, vous mandons et commectons par ces presentes que promptement et à toute dilligence faictes lever sur chascune Dixaine de cestedicte Ville le plus grant nombre d'hommes, tant de cheval que de pied, que faire ce pourra, pour partir incontynant, soubz la charge de telz cappitaines que adviserez bon estre, et aller à lad. ville de Meaulx secourir icelle, et résister aux forces desd, ennemis et les chasser dud. Marché par toutes les voies de faict et armes, en toute sorte et maniere que-la force demeure au Roy et Sa Majesté soict obeye tant aud. Marché que en la ville, et à ce faire con­traignez tous ceulx qui seront à contraindre par
toutes voies et manieres deues et raisonnables. Les­quelles compaignyes de cheval et de pied qui seront aussi levées par vous obeyront au seigneur de Se­ville, l'un de noz gentilzhommes, auquel nous avons donné charge de les conduire et emploier pour le service du Roy, ainsi qu'il verra estre à faire et que le cas le requerra, et mesmes de faire assemblées des habitans du plat païs à son de tocquecin, s'il en est besoing. Et pour le payement desd, hommes de cheval et dc pied, faictes faire cotization sur chascun habitant d'icelle Dixaine, le fort pourtant le foible, de telle somme que besoing sera, par les Quarteniers et Dixiniers et quatre des plus notables bourgeois et officiers du Roy d'icelle, à presence du cappitaine d'icelle Dixaine, de laquelle cotizalion ilz feront ung rolle signé dc leurs mains. Et en vertu d'icelluy faictes contraindre tous reffuzans et delaians à paier leur cotization par toutes voies, manieres deues et raisonnables, comme pour les propres de­niers et affaires du Roy. De ce faire vous avons donné et donnons pouvoir, actendu l'urgente necessitlé et consequence de lad. ville de Meaulx qui requiert prouvision sommaire, mandons à tous à qui il appertiendra que à vous en ce faisant soyt obey.
"Donné à Paris, le xiiii6 jour de Febvrier, l'an mil cinq cens soixante et deux."
O Dès la fin de janvier, le Parlement était avisé de la présence de nombreux "rebelles et,seditieux assemblez en divers quartiers du pays de Brye et es environs do la villo de Meaulx, Prouvins et Colommiers», qui tenaient les champs, pillaient et saccageaient les églises et châteaux, commettant homicides, voleries et sacrilèges, et enjoignait le 27 de ce mois à René de Saulseux, capitaine dc la ville de Meaux, de rassembler des gens de guerre pour se saisir de ces "perturbateurs de l'estat du royaume», lui donnant même le pouvoir de convoquer au son du tocsin et d'armer les habitants des campagnes pour avoir raison de ces revoltés. Le 14 février, l'on apprit qu'une troupe de huguenots partie de La Ferté-sous-Jouarre s'était emparée du Marché de Meaux et avait failli surprendre la ville; le 15 au matin, les Prévôt des Marchands et Échevins de Paris, à qui l'on demandait l'envoi d'urgence de gens do pied et de cheval pour remettre la place sous l'obeissance du Roi, vinrent déclarer au Parlement qu'ils ne pouvaient, faute de ressources, répondre à cet appel, «d'aultant, alléguaient-ils, qu'ils onl faict et ont à faire d'autres grands frais à eux insuportables». Malgré ces réserves, l'Echevinage, «sachant de quelle consequence leur estoit cette ville», se bâta de dépêcher «forces et capitaines», qui le 20 février, à cinq heures de l'après-midi, enlevèrent de haute lutte le Marché de Meaux et chassèrent les huguenots. La prise du Marché dc Meaux par les protestants préoccupa vivement Catherine de Médicis qui, dans une lettre du 18 février, en exprima tout son déplaisir au maréchal de Montmorency, le priant dc faire en sorte que «coste espyne soit ostée de Paris». La Reine-Mère chargea le sr de Pavans d'y pourvoir, considérant d'ailleurs l'entreprise comme difficile sans l'aide de ceux de Paris, «s'ils n'y envoyoient une bonne trouppe de leurs gens». (Archives nationales, Parlement de Paris, X1* l6o4, fol. 227 v°, 3i6 r°; Mémoires du prince de Condé, p. 698; Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 5io, 5n.) Claude Haton, dans ses Mémoires, t. I, p. 333, raconte les exploils de ces voleurs et « meschans garnemens des villes et villages», pour la plupart gentilhommes, que dans son langage pittoresque il appelle gens pille-hommes, notamment du sire de Besancourt, qui désolaient les campagnes aux environs de Provins et de Nogent-sur-Seine, s'adonnant à «piller et desrober toutes partz où ilz pensoient faire prouflit et butin, fust es maisons des riches gens ou., dans les eglises de villages».
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